La robotique médicale et l’IA, une révolution ambivalente

Alors qu’à l’Antiquité, Hippocrate, père de la médecine, tentait de démontrer que les humeurs du corps étaient liés aux éléments de l’univers, au Moyen-Âge, l’acte chirurgicale renié par l’Église, ne pouvait être effectué que par les barbiers, les seuls possédant des instruments réellement tranchants. Aujourd’hui tout à bien changé, et, depuis 2015, des intelligences artificielles (IA) peuvent réaliser en quelques minutes des analyses cancérologiques qui prendraient des décennies à des cancérologues en chair et en os (1). La robotique médicale se développe à une allure folle depuis les années 1980 et cherche à remplacer la chirurgie traditionnelle. La question s’impose alors : les guérisseurs de demain seront-ils constitués de ferraille? 

Un robot médical, finalement, c’est quoi?  

On distingue deux types de robotiques utilisés dans le cadre médical. Pour le premier, on parle de robots interventionnels, utilisés en chirurgie pour des actes assez simples initialement et qui commencent à se répandre massivement. Par exemple, on constate qu’au États-Unis, 60% des opérations de la prostate sont effectuées par cette robotique, dont la technique originale fut développée en France. Cependant, avec l’expérience, des gestes de plus en plus complexes deviendront possibles. 

Pour cette sorte de robotique le système est contrôlé et composé de bras articulés manipulant des instruments à différents degrés de liberté. C’est un chirurgien assis en face du robot, qui peut assurer la commande de la machine via des manettes (semblables à des « joy-sticks de jeux vidéos). Les données sont envoyées à un ordinateur central qui traite et analyse les éléments pour finalement les renvoyer à la machine dont les bras articulées se mettent en mouvement. Ainsi, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le robot chirurgicale n’est pas (encore) autonome. Il est soumis aux demandes de l’ordinateur, et, par extension, à celles du chirurgien. Une sorte de relation de maître-esclave peut alors être mis en parallèle, et peut donc rassurer ceux qui sont effrayés d’un futur contrôlé par le robot. 

Le second type, est celui du robot utilisé pour la rééducation, notamment en cas d’accident vasculaire cérébral où une aide de réhabilitation peut être apportée à un patient. Ici, le geste est simple et répétitif, de telle sorte que le robot a une certaine autonomie d’action. 

Pourquoi une telle démarche ? Obstacles et avantages 

Il y a 50 ans, rien de tout cela n’existait. La robotique médicale, bien qu’elle devienne aujourd’hui un enjeu majeur pour le XXIème siècle, reste jeune, et en développement, tout générant des investissements financiers considérables. En effet, l’équipement reste très coûteux. Le bénéfice attendu pour un patient d’une chirurgie robotisée par rapport à une chirurgie traditionnelle, est  à ce jour assez limité. Quant au système de rééducation, le constat est le même. De plus, pour les chirurgiens « humains » qui contrôlent un robot, la question qui vient se poser est la suivante : si un danger imprévu advient et que la main cette fois si humaine soit nécéssaire, ce médecin en sera-t-il capable, lui, qui fut habitué à un Joy-stick ?

Malgré ces obstacles, la robotique médical est un secteur en pleine expansion, dont les partisans revendiquent de nombreux avantages. On parle notamment d’améliorer le confort des patients et les temps de récupération postopératoire, et de pouvoir créer des traitements personnalisés. On évoque aussi la possibilité de réduire la marche d’erreur de la main humaine, de réduire les temps opératoires, de réduire la durée des séjours hospitaliers… cette quête de réduction répond à l’augmentation de la population mondiale et donc du nombre de patients potentiels à traiter. La robotique médicale serait-elle alors le seul moyen d’obtenir qualité et quantité? 

Perspective d’un futur proche 

Opérer un patient de la maladie de Parkinson à Pékin alors qu’une partie des médecins se trouvent à plus de 3 000 km dans le sud de la Chine, fiction ou réalité ? La chirurgie robotique à distance est en développement et a déjà fais l’objet de tests expérimentaux. Avec le développement de la 5G, tout devient désormais plus envisageable voire même possible. L’exemple cité ci-dessus est réel et s’est bien terminé, au prix d’un coût d’opération énorme. Ce fonctionnement pourrait devenir un réel besoin dans les décennies à venir pour les pays très peuplés, très étendus et peu médicalisés, comme sont la Chine, l’Inde et d’ici peu le Nigéria.

Dans une période où smartphones, tablettes et ordinateurs sont devenus des outils d’addiction mais où chacune de nos données personnelles et numériques sont enregistrées, stockées puis revendues par les GAFAM et les BATX(2) un nouveau problème, éthique cette fois-ci, s’impose. Qu’adviendra-t-il du conflit d’intérêt des détenteurs des big data de santé individuelle (Amazon, Google, Facebook…) et de la commercialisation potentielle de ces données pour un usage médical auprès d’entreprises privées, assureurs et groupes de santé? Après le scandale de Facebook revendant des données numériques et personnelles à l’insu de ses utilisateurs, on pourrait supposer que les GAFAM deviennent obligées de demander une autorisation à chacun. Mais le nombre de personnes qui accepterait serait-il suffisant? Quant aux BATX, il n’est pas sûr que la Chine demande réellement l’avis à sa population. Une fois de plus, la capacité des IA à traiter des bases de données gigantesques est un enjeu majeur, puisqu’elle sera utilisée ici pour surveiller la santé globale. 

Après tout, le robot n’est pas l’homme, enfin, on doit quand même prouver ne pas en être un lorsque l’on veut créer une adresse email ou pour accéder à quelques sites. Alors peut être que le robot n’est juste pas encore comme l’homme. À partir du moment où l’on en créera physiquement semblables à nous et qui nous guérira, qu’est-ce-qui nous distinguera d’eux à l’oeil nu? Rien? Pas vraiment. Le contact et la chaleur humaine perdureront et resteront irremplaçables, bien que souvent oubliés des partisans de la robotique médicale. La génération naissante dans cette technologie sera majoritairement habituée à des soins d’une froideur robotique obéissant à un rapport algorithmique. Cependant, il est sûr que certains seront en désaccord et exprimeront un besoin d’humanité. Qu’adviendra-t-il alors à ces rebelles? Resteront-ils malades? Devront-t-il s’adapter? Ou quelques médecins en chair et en os persisteront malgré l’invasion informatique? 

  1. voir La guerre des intelligences du Dr. Laurent Alexandre pour plus d’informations sur les IA
  2. Les GAFAM sont les gros groupes tel que Google, Apple, Facebook, Amazon et les BATX sont leurs équivalents chinois. Pour plus d’explications, je conseille l’article « l’expansion des BATX, les GAFAM chinois » de France Culture 

Victoire Philippe

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