USA 2020 : Biden vainqueur, et maintenant ?

Samedi 7 novembre 2020, l’annonce de la victoire du démocrate Joe Biden déclenche une incroyable liesse dans le pays, Trump est vaincu. Mais le plus difficile commence pour le président élu qui doit faire face à de nombreux défis.

« Le peuple américain a parlé », c’est ainsi que le Président élu Joe Biden commence son discours de victoire. L’émotion est palpable sur le visage du septuagénaire. Il vient officiellement de battre Donald Trump. Une large partie de l’Amérique pousse un « ouf » de soulagement. Pourtant, derrière cette joie apparente, la responsabilité de Joe Biden est décuplée et les difficultés de la présidence ne font que commencer. En effet, le duo de l’exécutif américain (le vainqueur et sa colistière) va devoir faire face à nombre de défis importants et sur lesquels ils sont attendus au tournant par leurs électeurs.

Assurer le dossier santé

Le premier est de taille : il s’agit de la santé et notamment la crise sanitaire de coronavirus qui fait des ravages outre-Atlantique. Plus de 10 millions de personnes ont été infectées. Pendant la campagne, Joe Biden a vertement critiqué la gestion chaotique de la pandémie par le locataire de la Maison Blanche. À plusieurs reprises, il a clamé : « Donald Trump n’a pas de plan. » Mais l’ancien candidat démocrate est maintenant aux portes du pouvoir (l’investiture aura lieu le 20 janvier), et il va devoir prouver qu’il est mieux à même de gérer la pandémie que son rival.

Lors de son discours de victoire, Joe Biden a déclaré faire de la crise sanitaire une priorité absolue. Depuis le 9 novembre, a été mis en place un comité d’experts semblable au conseil scientifique en France qui guide l’action d’Emmanuel Macron concernant la pandémie, et qui aura pour but de conseiller Joe Biden quand celui-ci sera officiellement investi. 

Néanmoins, l’épidémie est largement hors de contrôle dans le pays avec plus de 240 000 décès. Il sera donc très difficile pour la future administration Biden de l’endiguer. Le système de santé américain si inégal et souvent insuffisant en termes de couverture de frais médicaux, existait déjà avant Donald Trump. 

De plus, l’ancien vice-président souhaite améliorer l’Obamacare (assurance santé entrée en vigueur en 2013). Cela risque d’être compliqué au vu du marathon parlementaire qu’avait occasionné la mise en place de cette assurance en 2013 sous la présidence Obama. La tâche est donc considérable.

Carte représentant le nombre de cas de Covid-19 aux États-Unis le 13 novembre. Source : LCI.

Reconstruire l’économie nationale

Derrière l’enjeu de la santé, se cache le problème de la crise économique et sociale qui découle de la crise sanitaire. En effet, cette dernière a entraîné une forte hausse du chômage (le taux de chômage qui était de 3,5 % en février a bondi 14,7 % en avril pour retomber à 7 %). La réduction brutale des salaires et l’insuffisance des subventions gouvernementales ont fortement impacté les plus pauvres. Face à de si fortes inégalités, Joe Biden suggère plusieurs pistes. Il préconise de rehausser le salaire minimum fédéral de 7,5 à 15 dollars de l’heure, de taxer plus généreusement les classes plus aisées (les fameux 1 %) ou encore réévaluer l’impôt sur les sociétés à 28 %. Le duo présidentiel prévoit aussi un plan de relance massif de 7 000 milliards de dollars. 

Être à la hauteur de l’enjeu climatique

La lutte contre le réchauffement climatique est une autre priorité de Joe Biden. Ce domaine avait été délaissé par le président Trump, qui avait sorti les États-Unis de l’accord de Paris sur le climat en 2017. Très tôt dans la campagne, le candidat Biden avait exprimé son désir de le réintégrer et ce dès son arrivée au pouvoir. Aussi, afin de pouvoir rallier l’aile gauche du parti démocrate autour de sa campagne, l’ancien sénateur du Delaware a intégré dans son programme de nombreuses mesures en matière d’écologie, comme un plan de 1 700 milliards d’investissements pour atteindre la neutralité en carbone d’ici 2050. Le but est notamment de favoriser les énergies renouvelables par rapport aux énergies polluantes. Ce programme se rapproche du « Green New Deal » proposé par l’élue démocrate new-yorkaise de la Chambre des représentants Alexandria Occasio-Cortez.

Réconcilier l’Amérique 

Le plus gros défi du Président fraîchement élu est de réunir une Amérique profondément divisée. Dans son discours de victoire, l’ancien vice-président se veut rassembleur : « Je m’engage à être un président qui ne cherche pas à diviser mais à unir. Qui ne voit pas les États rouges et les États bleus, mais ne voit que les États-Unis. » Si la pique adressée à Donald Trump est évidente, il existe bel et bien dans ce pays une fracture sociale et sociétale très profonde. 

L’élection de Trump en 2016 et ses quatre années de mandat ont mis en lumière l’opposition entre l’Amérique blanche, conservatrice et traditionnelle des campagnes d’un côté et une Amérique urbaine, multiculturelle et progressiste de l’autre. Cette division est en réalité une conséquence directe des fortes inégalités d’accès aux études supérieures hors de prix aux États-Unis. Tandis que ceux qui composent l’Amérique rurale travaillent dans des industries en déclin ou dans l’agriculture, connaissent un déclassement et ne possèdent aucun diplôme supérieur, les autres évoluent dans les industries innovantes et profitent de la mondialisation contrairement aux premiers. L’ambition de réconcilier ces deux Amériques relève donc de la gageure, tant l’élection a exacerbé les tensions entre les deux camps. Joe Biden qui promettait pendant toute sa campagne de « restaurer l’âme de la nation », est au pied du mur. Cette crise sociétale pourrait bien être la plus grande menace de division sur le pays depuis la guerre de Sécession. 

Les affrontements entre suprémacistes et antiracistes à Charlottesville (Virginie), en août 2017, constituent un pic dans les tensions entre les deux Amériques. Source : New York Times.

Surmonter les obstacles

Pour pouvoir gouverner efficacement, le président a besoin d’une majorité au Sénat, or cette dernière est très loin d’être acquise. Pour le moment, le parti républicain dispose de 50 sièges de sénateurs, 48 pour les démocrates. Les deux sièges manquants seront attribués en Géorgie à l’issue de deux « run-off » (selon la loi de cet État, lorsque le candidat au Sénat ou à la chambre des représentants en tête n’a pas obtenu 50 % et une voix, il faut procéder à un deuxième tour). 51 sièges sont requis pour constituer une majorité. 

Si un vote rencontre une égalité la constitution est claire : le vice-président, qui est aussi président du Sénat, tranche. Les démocrates doivent donc conquérir les deux sièges en jeu pour pouvoir appliquer la politique du Président grâce au vote décisif de Kamala Harris. La tâche risque d’être compliquée car le parti démocrate est en ballottage défavorable dans au moins un des sièges en jeu. Le sort du Sénat se jouera le 5 janvier prochain, jour de ce double scrutin dans le « Peach state ».

Le futur Président Biden risque, quant à lui, d’être pris en tenaille sur sa gauche par l’aile radicale du parti démocrate incarnée par Bernie Sanders ou Alexandria Ocasio-Cortez, et à sa droite par les partisans de Donald Trump. Si la gauche du parti démocrate a bien voulu soutenir la candidature de l’ancien vice-président dans l’optique d’empêcher la réélection du magnat de l’immobilier new-yorkais, cette dernière va rapidement exiger un retour de faveur par des nominations et des mesures concrètes. Cependant, si les démocrates n’obtiennent pas la majorité au Sénat, chargé de voter les lois et d’approuver les nominations, Joe Biden pourrait se voir obligé de nommer davantage de démocrates modérés dans son administration et modifier voire garder au placard certaines réformes sociales et écologiques. En d’autres termes, composer avec les républicains. 

De l’autre côté, le « trumpisme » n’a pas disparu avec Trump. Environ 72 millions de personnes ont voté pour lui. Ses partisans, adeptes de théories du complot, croient dur comme fer que l’élection a été volée à leur champion, peut-être même plus que l’intéressé lui-même.

De plus, si le Sénat conserve une majorité républicaine, les sénateurs du « Grand old party » (GOP) pourraient pratiquer l’obstruction parlementaire (rejeter tous les projets de loi) comme sous la présidence Obama.

Des atouts précieux

Heureusement pour lui, Joe Biden est préparé pour la présidence et dispose d’avantages importants pour les quatre années à venir.

Sa colistière, Kamala Harris, lui sera notamment d’une grande aide tant son élection est symbolique. « Je serai la première femme à occuper ce poste (vice-président, ndlr) mais je ne serai pas la dernière. » Ces mots sont ceux de Kamala Harris lors de son discours de victoire le soir du 7 novembre. La victoire du ticket démocrate revêt un caractère historique car l’ancienne procureure de San Francisco est à la fois la première femme, la première personne noire et d’origine asiatique à être élue au poste de vice-président des États-Unis. Elle est ainsi un symbole très fort pour les femmes et leur émancipation. Elle a d’ailleurs, lors de son premier discours en tant que vice-présidente élue, rendu hommage au mouvement des « sufragettes », qui est à l’origine du droit de vote des femmes aux États-Unis en 1920, en s’habillant de blanc. 

Kamala Harris a parfaitement conscience d’être un exemple pour les jeunes issus des minorités. Cet avantage pourrait donc fortement aider le futur locataire de la Maison Blanche dans l’optique de fidéliser les femmes et la communauté noire. De plus, le style très décontracté de l’ancienne ministre de la Justice de Californie tranche avec le charisme plus discret de l’ex-sénateur du Delaware. On se souvient de ces vidéos partagées massivement sur les réseaux sociaux où on voit la femme de 57 ans se déhancher tantôt avec un groupe d’enfants, tantôt sur la scène de meetings. Un surnom lui a déjà été trouvé : « l’Obama féminin ».

À plusieurs reprises pendant la campagne, surtout pendant les primaires démocrates, les opposants à Joe Biden l’ont critiqué pour son âge « canonique », lui reprochant de ne pas être en phase avec les enjeux et les problèmes du monde d’aujourd’hui. En d’autres termes d’être trop modéré, proche des conservateurs. Le futur président est un vétéran de la politique américaine puisqu’il a été élu à son premier mandat de sénateur en 1972, soit près d’un demi-siècle de vie politique. Cette expérience pourrait donc se révéler être un atout de taille durant son mandat de président des États-Unis. Si personne ne nie son côté « républicain-compatible », beaucoup lui reconnaissent des qualités de négociateur et sa maîtrise du compromis ce qui pourrait être indispensable face à un Sénat hostile. 

La vice-présidente élue des États-Unis, Kamala Harris, salue la foule avant de prononcer un discours à Wilmington, le 7 novembre 2020. (JIM LO SCALZO / MAXPPP)

Une fois investi le 20 janvier, Joe Biden sera attendu sur nombre de sujets, coronavirus en tête, et aura la lourde tâche de réconcilier l’Amérique. L’issue de l’élection du Sénat sera donc scrutée avec grande attention le 5 janvier car les deux votes vont déterminer la politique menée les quatre prochaines années. La tâche ne sera pas de tout repos pour le septuagénaire qui ne pourrait se contenter que d’un seul mandat, passant ainsi le relais à Kamala Harris pour la prochaine élection présidentielle en 2024.

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