Où va la Chine de Xi Jinping ?

Depuis 2017, le nom du président Xi Jinping est inscrit dans la charte du Parti communiste chinois et l’année suivante, il s’autorise à exercer sa fonction à vie, celle d’être à la tête d’un pays d’1,4 milliards d’habitants qui ne cesse de s’accroître économiquement. Ainsi, comment Xi Jinping en est-il arrivé là pour faire de la Chine une puissance économique majeure, et quelles sont ses ambitions pour le futur ?

Son parcours

            « J’ai été fermier pendant sept ans. J’ai un lien naturel avec les gens normaux » déclare Xi Jinping, soucieux de son image, de nombreuses années après les évènements de sa jeunesse qui ont sans aucun doute influencé sa politique. Ainsi, avant toute chose, il est nécessaire de revenir sur le parcours de l’actuel président chinois, héritier de la famille Xi intimement liée à celle du régime établi par Mao Zedong en 1949. Le père de Xi Jinping est en effet vice premier ministre de ce dernier, et son fils naît en 1953. Cependant, il est désigné par Mao comme ennemi du peuple et il est écarté du pouvoir. Quatre ans plus tard débute la révolution culturelle chinoise, l’occasion pour le dirigeant chinois d’éliminer toute forme d’opposition, de renforcer le culte autour de sa personne et, bien sûr, de conforter son pouvoir personnel. La famille Xi est alors ciblée, Xi Jinping est envoyé en rééducation à la campagne tandis son père est jeté en prison et que sa sœur se suicide. Cependant, cela va lui être bénéfique, puisque cette période est pour lui l’occasion de s’intégrer et de développer sa culture. Il parvient ainsi à entrer au Parti communiste. En 1976, Mao meurt, et le père de Xi Jinping est alors réhabilité, ce qui lui permet dans un premier temps d’être premier secrétaire du district de Zhengding, puis gouverneur du Fudjian, secrétaire du Parti communiste au Zhedjiang, membre du comité permanent, vice-président de la République, secrétaire général du Parti pour finir président de la République.

Xi Jinping durant sa jeunesse à la campagne – Image : Sina English

La Chine est-elle une dictature ?

Depuis son arrivée au pouvoir, l’un des principaux objectifs de Xi Jinping est d’affirmer une autorité que la Chine n’avait plus connue depuis Mao. Pour cela, le président se base sur trois grands axes. Tout d’abord, on observe une lutte sans pitié contre la corruption qui passe avant tout par un ménage au sein du Parti. En effet, depuis son arrivée au pouvoir, 1,4 millions de membres du Parti auraient subi des sanctions, peu importe les niveaux de hiérarchie. Cela permet ainsi à Xi Jinping d’éliminer la concurrence aussi bien au sein du Parti que de l’armée tout en satisfaisant le peuple chinois, heureux de voir des sanctions contre ceux qui peuvent nuire au bon fonctionnement du pays. Le deuxième axe est bien sûr le culte de la personnalité de Xi Jinping qui est partout glorifié depuis son arrivée au pouvoir, que ce soit dans les médias sous contrôle, sur des affiches, ou sur tout type d’objet susceptible d’être vu. La censure y est également très forte puisque des types de mots sont interdits sur Weibo (l’équivalent de Twitter en Chine), que ce soit « dictature », « 1984 » ou « Le Meilleur des Mondes » pour éviter tout lien entre les célèbres dystopies et la situation actuelle, ou encore « Winnie l’ourson » car ce personnage avait été comparé au président chinois par des internautes. Tous types d’opposants peuvent aussi être jugés et potentiellement emprisonnés ou exilés : journalistes, avocats, activistes… Enfin, pour glorifier son image, le dirigeant chinois cherche à développer le rayonnement international de son pays, notamment en faisant valoir l’économie du pays. On peut parler d’un contrat social non officiel qui a été passé entre le gouvernement et la population. Cette dernière accepte ainsi une augmentation de son pouvoir d’achat dans un pays qui entend réaffirmer sa grandeur face à l’autoritarisme de Xi Jinping. Cet autoritarisme fait ainsi de la Chine un pays pouvant être qualifié de dictature puisque l’on retrouve un parti unique, une pensée unique, une presse unique ou encore une forte surveillance.

Image : independant.co.uk

Une puissance économique majeure

            À l’heure actuelle, la Chine est la deuxième puissance économique mondiale derrière les Etats-Unis, et la première en parité de pouvoir d’achat depuis 2014. Avant l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, le pays battait déjà des records en termes de croissance économique puisqu’entre 1979 et 2011, le PIB avait progressé de près de 10 % par an, et le revenu par habitant avait quadruplé, mais cette tendance se poursuit encore aujourd’hui. Son PIB a en effet progressé de plus de 1 000 milliards de dollars entre 2017 et 2018, passant ainsi d’environ 12 200 milliards de dollars (selon l’ONU) à environ 13 700 milliards de dollars (selon la Banque mondiale). Mais quel est actuellement le modèle économique de la Chine et comment le pays parvient-il à se développer aussi vite ? Aujourd’hui, le cas de la Chine est particulier puisque l’on observe un mélange entre communisme et libéralisme. La Chine est en effet communiste d’un point de vue idéologique, puisqu’elle a gardé de ce modèle le caractère policier, l’organisation sociale, et que l’État joue toujours un rôle majeur dans l’économie. À cette idéologie marxiste se mélange le confucianisme qui s’inspire de la philosophie de Confucius qui prônait l’harmonie sociale, le respect filial et la moralité, ce qui explique l’ordre et le contrôle imposés par le président à la société chinoise. Cependant, Xi Jinping se fait défenseur de la mondialisation et du libre-échange : « Nous devons guider la mondialisation » a ainsi déclaré le président chinois. Ce dernier mène d’ailleurs une politique étrangère plus ambitieuse que ses prédécesseurs, avec un activisme réel, puisque la Chine organise de plus en plus de sommets internationaux et de rencontres multilatérales (Davos, G20, Sommet des BRICS, etc.).

            Dans cette optique, Xi Jinping souhaite tourner la Chine vers le reste du monde grâce aux nouvelles routes de la soie notamment, un projet qualifié de « projet du siècle » par le président chinois. Cela correspond concrètement à une ceinture terrestre reliant la Chine à l’Europe via l’Asie centrale, et une route maritime via l’Océan indien, mais cette formule des « routes de la soie » s’applique aussi à toutes sortes d’investissements, accords diplomatiques et toutes sortes de projets jusqu’en Amérique latine ou même en Arctique. Ce projet est ainsi massif, puisque les investissements chinois cumulés dans les pays concernés devraient dépasser les 1 200 milliards de dollars d’ici 2027 selon la banque Morgan Stanley. La Chine est aussi présente en Afrique, puisque le pays est depuis 2009 le premier pays partenaire commercial du continent. Entre 2005 et 2017, 137 milliards de dollars ont été prêtés par la Chine à des pays africains pour financer de vastes projets de construction d’infrastructures, et la nation a bien sûr tout à gagner d’un point de vue économique avec le remboursement, et d’un point de vue culturel en gagnant le cœur des Africains. Le problème est que cela entraîne l’endettement d’un certain nombre de pays, et le coût écologique suscite aussi de l’inquiétude. De plus, le 15 novembre 2020, Pékin a annoncé avoir signé le Partenariat régional économique global avec une quinzaine de pays asiatiques dont la Thaïlande, l’Indonésie ou les Philippines, ce qui représente environ 30 % de la population mondiale.

            Cependant, l’économie chinoise semble ralentir. En effet, le PIB du pays a seulement progressé de 6,6 % en 2018, son taux le plus bas depuis plus de 25 ans, alors que la guerre commerciale sino-américaine se poursuit et que la pandémie de la COVID-19 n’a évidemment pas amélioré la situation alors même que les inégalités augmentent.

Représentation graphique de la croissance annuelle du PIB chinois – Source : Le Monde

Que veut Xi Jinping pour le futur ?

            Ainsi, à la tête d’une puissance économique mais aussi culturelle, militaire et diplomatique, la question de l’avenir de la Chine se pose. Tout d’abord, le principal objectif de Xi Jinping est de créer un nouvel ordre mondial dans lequel son pays joue un rôle central. « Nous allons créer une communauté de destin commun pour l’humanité et engager la réforme du système de gouvernance mondiale » a ainsi déclaré le président chinois. S’imposer comme leader économique mondial est donc au cœur de ses projets.

            Pour cela, le pays compte sur son intégration dans les politiques internationales en créant aussi de nouvelles agences, la plus connue étant la Banque asiatique des investissements pour les infrastructures qui vient concurrencer d’autres agences comme la Banque mondiale. La Chine veut également faire la promotion d’un « monde post-occident » selon Eric Motter, professeur au département de géographie à l’UQÀM et directeur-adjoint du Conseil québécois d’études géopolitiques, c’est-à-dire un monde où les pays émergeants et les pays en développement auraient plus d’importance, plus de poids politique et économique, et où la Chine aurait une place centrale. Ce discours trouve un écho favorable à l’échelle internationale, notamment en Asie et dans les pays d’Europe de l’Est. Cette dimension économique peut par ailleurs se doubler d’une dimension idéologique pour la Chine en véhiculant ses valeurs. Le projet des nouvelles routes de la soie témoigne ainsi de ce projet d’expansion multiforme : harmonisation des systèmes éducatifs, promotion de son système de santé, de son système énergétique comme la technologie du nucléaire, de sa technologie… Toujours dans une logique d’expansion, la Chine est présente à l’international (en Asie, en Afrique et bientôt en Europe), et le gouvernement chinois parle souvent de trois Chines : la Chine continentale, la Chine dans laquelle est inclue Taïwan, et la Chine faisant référence à la diaspora. Le pays a pour but d’inclure cette dernière dans un projet de grande Chine. Cette idée doit être favorisée par le développement d’une image positive à l’international pour un pays s’apparentant à une dictature, et cela peut passer par l’écologie. En effet, Xi Jinping, à la tête du pays le plus pollueur au monde, veut construire l’image d’une « civilisation écologique » pour verdir son image à l’international, la Chine étant actuellement le premier pays en photovoltaïque, et le président a annoncé avoir « comme objectif de commencer à faire baisser les émissions de CO2 avant 2030, et d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2060. »  

Comment la nouvelle route de la soie chinoise va ...
Schéma des grands axes de la nouvelle route de la soie – Source : les échos

            Dans un contexte de pandémie, la Chine a dévoilé en octobre son plan quinquennal pour la période 2021-2025. On y retrouve bien sûr des ambitions économiques, puisque le Comité central du Parti communiste a souligné la nécessité d’une croissance durable en développant un marché intérieur robuste. De plus, le nouveau plan montre l’objectif de faire de la nation une puissance technologique, avec des éléments allant de l’intelligence artificielle aux réseaux de cinquième génération ou aux véhicules autonomes. Selon Wang Huiyao, conseiller du cabinet chinois et fondateur du Centre pour la Chine et la mondialisation, c’est « un domaine clé auquel la Chine souhaite accorder plus d’attention, plus de ressources et plus de développement. » À cela s’ajoutent d’autres ambitions environnementales mais aussi militaires, l’objectif de Xi Jinping étant de construire une armée de classe mondiale d’ici 2049, date des 100 ans de la République populaire de Chine. Ensuite, on retrouve un autre plan stratégique nommé China 2025 élaboré par le premier ministre Li Keqiang en mai 2015. Il a pour objectif de rendre le pays autonome dans de nombreux domaines stratégiques, dix secteurs dans lesquels la Chine doit monter en gamme, parmi lesquels la technologie de l’information, les équipements énergétiques, les transports, l’agriculture… Le but est ainsi d’avoir un pendant chinois partout, et c’est déjà le cas dans certains domaines comme dans les nouvelles technologies, en remplaçant Google par Baidu ou Amazon par Alibaba.

La Chine peut-elle dominer le monde ?

            Le constat aujourd’hui est incontestable : la Chine se développe sans cesse et le pays, tourné vers l’étranger, s’oppose à un rival : les Etats-Unis, aujourd’hui puissance dominante, qui ne veulent pas de cette concurrence chinoise et notamment de leurs ambitions en termes de technologie. Ainsi les tensions se multiplient entre les deux pays et, pour la journaliste Christine Ockrent, on peut aujourd’hui parler d’une « guerre froide 2.0 » car « la puissance technologique qui, dans les régimes autoritaires, sont une arme de plus aux mains du pouvoir ». Dans le contexte actuel, le duel se durcit donc entre Pékin qui veut que le XXIe siècle soit le siècle chinois et Washington qui, en octobre, accusait la Chine d’être à l’origine de cette pandémie. Le potentiel déploiement d’un vaccin américain peut ainsi s’avérer une victoire pour le pays…

Image : dailypost

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